• Maria Clara Fontes & Jasmine Arnould

L'éditorial - dixième édition

Journal n 10 - 02/11/2021

Jasmine Arnould & Maria Clara Fontes Rédactrices en cheffe du Lièrmo


Avoir des relations sexuelles, un pas vers l’âge adulte ? Un accomplissement ? Un acte sacré ? Un grand changement de vie ? Est-ce pareil pour les garçons et pour les filles ?


Le mythe de la virginité est présent dans la société depuis longtemps. Même si de nos jours ce n’est plus vraiment vu comme quelque chose de sacré, cela reste encore très tabou ! Et ce que nous voulons dans l’éditorial du mois, et bien justement, c’est en parler !


Il y a très longtemps, lorsque les hommes ont cessé d’être nomades et que l’idée de propriété privée est arrivée, le corps de la femme est devenu une chose intouchable, sacrée qui se devait d’être préservée, car c’était en lui que se créait la vie. C’est pourquoi il devait être maintenu vierge jusqu’à ce que « l’homme parfait » soit choisi pour procréer l’héritier de la famille. Ou le contraire, la femme vierge était choisie par l’homme pour être la porteuse de son héritier. Quoi qu’il en soit, tout acte sexuel, normalement, avait lieu après le mariage. Et ceci s’est consolidé avec l’arrivée de la foi chrétienne.

Mais cet idéal de femme vierge, cette loi presque divine, ne date pas d’il y a si longtemps que ça. En effet, au début du siècle dernier la femme devait encore se donner pure et intacte à son mari. Elle se devait d’être immaculée et n’avoir jamais eu aucun rapport sexuel. Quel est le problème dans tout ça ? Les jeunes filles n’avaient conscience ni de leur corps et encore moins de l’acte sexuel. Elles arrivaient à leur nuit de noces, complètement ignorantes, et se retrouvaient affligées sans vraiment comprendre ce qui se passait…

Dans les années 70 l’âge moyen du premier rapport sexuel était d’environ 19 ans pour les filles et de 18 ans pour les garçons. De nos jours, cet âge moyen est de 17,6 pour les filles et 17 pour les garçons. L’écart entre les deux sexes est encore à peu près le même. Mais vivent-ils ce moment de la même façon ?


Tout d’abord, les garçons comme les filles, sont soumis à pression quand il s’agit de sexe et de virginité. Un jugement est porté, si on la perd à un âge qui est considéré « trop tôt » ou alors « trop tard ». Ce qui différencie vraiment le sexe masculin du sexe féminin est la réaction de ces derniers aux pressions sociales.


Les sociologues Didier Le Gall et Charlotte Le Van, affirment que les filles s’investissent très émotionnellement dans cette question de la virginité. Cette dernière est comme un passage vers la vie adulte, c’est un idéal : rassembler à la fois expérience amoureuse et sexuelle… le rêve ! Ce n’est donc pas considéré comme une « issue » mais plutôt comme un moment marquant d’une histoire à deux.


D’autre part, les filles doivent « être prêtes » et les garçons « assurer ». Mais, comment ça ? La société, de manière implicite, impose aux garçons de conduire l’acte. Ils n’ont pas vraiment l’opportunité de se demander s’ils sont vraiment prêts. En règle générale le pucelage est moins bien vu chez les garçons que chez les filles. C’est pourquoi certains veulent s’en débarrasser au plus vite, comme un fardeau.


Bilan final, pour les garçons, se pose là une question plutôt de pouvoir et non pas de vouloir et pour les filles : devons-nous attendre d’être prête ou faire en sorte de l’être ?


Par ailleurs, nous avons parlé de couples hétérosexuels, car les premières fois ont majoritairement lieu avec une fille et un garçon, et c’est plus souvent par la suite que le garçon ou la fille se découvre homosexuel. Mais cela reste, bien évidemment une première fois comme les autres : angoissante, excitante, stressante, etc. Malheureusement, pour les couples homosexuels se rajoutent des incertitudes et inquiétudes encore plus oppressantes vis-à-vis de l’orientation sexuelle et du tabou encore très présent de l’homosexualité. Un autre thème important qui se doit d’être traité !


Comment réussir à affronter ce sujet en toute honnêteté, sans avoir peur de la pression sociale, comment lever les doutes et aborder ce thème avec nos proches et nos éducateurs?


L’anxiété de la première fois fait de cet évènement un monstre à sept têtes ! La peur de vouloir tout bien faire du premier coup, le désir de perfection, la crainte des douleurs, de son corps, du corps de l’autre… Garçons et filles ont peur de ne pas bien faire, que l’autre n’aime pas, de ne plus vouloir continuer au milieu du rapport, de le faire parce qu’il est temps de de le faire et surtout on a peur de ce que pense l’autre alors que l’on est soi-même submergé par une foule de sentiments, parfois incontrôlables. Il ne s’agit pas d’avoir sa première relation sexuelle parce que notre entourage d’amis a déjà passé le cap. Le rapport doit être consenti par les deux personnes, il doit être voulu. Il ne faut ni se l’imposer à soi, ni à l’autre.

Le rapport sexuel est avant tout un acte d’amour, surtout à l’adolescence, où le but n’est pas de procréer. Cela doit être quelque chose d’agréable pour les deux impliqués. Ce qu’il faut faire en ayant réfléchi et sans pression. Il n’est pas question d’avoir une relation sexuelle si vous n’avez pas vraiment confiance en la personne avec qui vous allez le faire juste parce que sinon après vous serez « en retard ». Il n’y a pas d’âge pour le premier rapport. Chacun peut et doit prendre son temps. Il faut le faire en suivant sa petite voix et non pas celle des autres. C’est à vous de décider si le moment est venu ou non.


Et lorsqu’une vie sexuelle commence il est important, pour les filles d’aller voir un gynécologue. Ce médecin est spécialisé dans l'étude du fonctionnement de la femme, de son appareil génital. C’est la personne la plus appropriée pour parler du sexe, de répondre aux questions et de conseiller sur les méthodes de contraception et de prévention aux MST (maladies sexuellement transmissibles). Si le gynécologue s’occupe de la femme, l’urologue quant à lui est le spécialiste indiqué pour les garçons ! Il sera tout autant qualifié que le gynécologue sauf que pour le sexe masculin !


Et finalement, la virginité qu’est-ce que c’est ?

« La virginité est un concept relatif à une personne n'ayant jamais eu de relations sexuelles. Ne reposant pas sur une base biologique, la virginité est un fait social, culturel et religieux. ».


La virginité est donc une construction sociale. Vous ne pouvez ni la voir, ni la toucher. C’est quelque chose que nous, en tant que société, en tant que culture, avons décidé de créer. C’est une sorte de repère temporel qui marque l’avant et l'après


Et pour conclure, n’oubliez pas : la virginité n’est pas un problème à résoudre. Vouloir ou ne pas vouloir faire l’amour ne doit pas être jugé. Ces relations s’inscrivent au cœur de l’intime. Se confier à l’autre, devenu tout d’un coup un corps nouveau, inconnu, doit être choisi, voulu, senti. L’intime est, par définition, ce qu’il y a de plus profond et par conséquent, le plus essentiel. Alors prenez votre temps, posez vos questions, et n’ayez pas peur d’en parler avant, ou même après.

Car après tout, faire l’amour est un acte humain et non pas honteux.

Et n’ayons pas peur, car il y a une première fois à tout, et avant de savoir le faire, il faut apprendre ! Finalement, il n’y a pas de géographie de l’inconnu !

Donc parlons-en et informons-nous.

Jasmine Arnould & Maria Clara Fontes Rédactrices en cheffe du Lièrmo