• Jasmine Arnould

La démocratie

Journal nº7 - 2/06/2021


Qu’est-ce qu’une démocratie ?


Sur le plan étymologique, la démocratie vient du grec dêmokratia qui signifie « le pouvoir (kratos) « au peuple » (dêmos). Le pouvoir repose donc sur la décision directe du peuple. Réfléchir sur la démocratie nous oblige à aborder la notion de « peuple » et celle de « citoyen ».


C’est un gouvernement du peuple, exercé par le peuple, pour le peuple, au nom du peuple, certes, mais de quel peuple parle-t-on ?

Tout commence en Grèce antique, cette dernière étant la mère des démocraties, au Vème siècle avant J.C. Pendant que d'autres cités du monde grec et même de l’Europe étaient régies par une tyrannie, une aristocratie ou encore une oligarchie, la cité d’Athènes était une

démocratie. Les citoyens athéniens faisaient partie de l’assemblée, l’Ecclésia. C’est là où ils votent les lois, décident de la paix ou de la guerre, de l’ostracisme et des budgets. C'est-à-dire que le peuple se réunit pour délibérer et légiférer. Revenons-en au terme «peuple », dont la définition, dès son origine, pose problème. En grec ancien, le mot «demos» (« peuple ») connaît en effet au moins trois definitions :

  • 1. Les « non-possédants » , classes populaires » dirait-on aujourd’hui ;

  • 2. l’ensemble des citoyens

  • 3. l’assemblée (ecclésia).

Finalement, l’idée de démocratie ne serait-elle pas, depuis le début, une confrontation entre ces définitions, c’est-à-dire entre la réalité sociale du peuple et sa représentation politique ?

À partir du XIXe siècle, avec le courant nationaliste, cette question va se poser d’une autre

façon.

Quel est le lien entre les membres de la société ?


Il y en a qui définissent le peuple en se basant sur la culture : le lien entre les membres d’une société s’établit avec une langue, des coutumes et une histoire. La pensée descendante des Lumières, quant à elle, décrète plutôt que ce lien se repose sur l’envie de cohabitation, l’ambition de vivre ensemble, et cette dernière n’est pas rattachée à des facteurs culturels. On retrouve d’ailleurs cette pensée dans le fait que la nation soit aussi un patrimoine: « avoir souffert et s’être réjoui ensemble ». Au XXème siècle, notre question initiale est encore reformulée : le peuple peut être défini par l’acceptation de la soumission de ses membres à un système juridique (pensée du philosophe et juriste autrichien Hans Kelsen). Que veut-il dire par là ? On peut distinguer deux peuples : celui qui est sujet (qui agit, qui gouverne, le « gouvernant ») et le peuple objet (celui qui obéit, le « gouverné »). Et c’est sur cette séparation que se repose le problème du système démocratique. En effet, nous pouvons observer qu'une partie non négligeable des individus ne détient pas le statut de citoyen, tel que les mineures, les femmes, durant une très grande partie de l’histoire, les ouvriers jusqu’au milieu du XIXème siècle, les « étrangers » et les esclaves.


Plusieurs auteurs libéraux, tels que Montesquieu, Locke, Alexis de Tocqueville, ont soutenu qu’un principe essentiel démocratique était la limitation des pouvoirs à un seul individu et donc la séparation de ces derniers au sein de l'État : le pouvoir exécutif, législatif et judiciaire. Ce qui différencie donc la démocratie contemporaine de la démocratie antique est cette préoccupation de protéger le peuple face aux abus de pouvoir de l'État. La liberté antique ne portait attention et précaution qu'au partage effectif du pouvoir social, les jouissances individuelles n’étant pas mises en avant, alors que la liberté moderne, elle, privilégie nos intérêts particuliers et notre indépendance privée, le partage et droit public étant, quant à eux, mis de côté. Bilan final, on peut confronter ces deux valeurs : égalité et liberté. Et on revient à la question du peuple gouvernant et du peuple gouverné ; la liberté des individus se doit d’aller avec une politique sociale en permettant l’accès de tous à la citoyenneté et aux charges politiques.


Voici une expérience de pensée développée par Amartya Sen :


Trois enfants se disputent pour une flûte. Lia revendique que c’est elle qui devrait l’avoir car

c’est la seule qui sait s’en servir ; Julien, quant à lui, la réclame en mettant en avant le fait qu’il soit le plus pauvre et qu’il n’a aucun jouet ; et Maïa, celle qui a fabriqué la flûte, s’indigne car pour elle c’est injuste qu’on lui enlève le bien qu’elle-même a fait. Cette histoire paraît toute simple et habituelle, mais en réalité elle retrace très bien les logiques de la justice. La première enfant s’appuie sur la valeur de l’épanouissement et du bonheur, le petit garçon sur l’équité économique et la troisième sur la reconnaissance du droit de profiter de son travail.


Avec cette fable, Amartya Sen montre à quel point il est difficile d’élaborer un modèle de société parfaitement équitable et égalitaire, car, dans l’histoire, qui a raison ? Nous concluons donc que la justice sociale requiert une vigilance permanente et est difficile à mettre en place.



Jasmine Arnould, 2nd 2