• Maria Clara Fontes

La dépression

Journal nº7 - 2/06/2021


Considéré le mal du siècle, le concept de dépression a été modelé et repensé à plusieurs reprises tout au long de l'histoire de l'humanité. C’est un seul mot qui définit les 300 millions de personnes au monde vivant quotidiennement avec la maladie. C’est bien grâce aux philosophes, psychiatres, théoriciens sociaux et artistes que nous pouvons élargir nos perspectives à ce sujet si vaste et complexe. De façon simple, l’OMS la définit comme : « trouble mental courant, caractérisé par la tristesse, la perte d'intérêt ou de plaisir, des sentiments de culpabilité ou de faible estime de soi, des troubles du sommeil ou de l'appétit, d'une sensation de fatigue et d'un manque de concentration. »

L’importance d’en discuter reste crucial dans un monde où nous voyons les cas diagnostiqués quasiment doublés au Brésil (selon une étude de l’université UERJ) avec les bouleversements induits par la Covid-19. La preuve : sujet de rédaction 2020 de « Exame National do Ensino Médio » (ENEM – examen de passage pour accéder aux universités brésiliennes) : La stigmatisation associée aux maladies mentales au sein de la société brésilienne.


Bien qu’elle soit assez connue et très répandue ces derniers temps, à quel point la connaissons vraiment? Connaissons-nous les symptômes? Pouvons-nous avoir autant d’accès aux informations et rester encore avec des idées assez floues ?


La dépression reste un terme malheureusement très ambigu dû à son utilisation inappropriée dans le langage courant pour désigner des baisses d’humeur temporaire. Cela établi un premier obstacle pour les gens d’identifier les premiers auto-diagnostiques en raison des fausses idées reçues. Par exemple, il est souvent dit que la dépression provient d’un déséquilibre chimique au sein du cerveau (défaut de communication entre les neurones) ; cependant ce genre de langage reste vague et n’est pas capable de faire remarquer la complexité de cette maladie.

Le terme dépression est apparu au 19ème siècle, étant désormais considéré comme un trouble de l'humeur. Les années 1930 ont vu l'introduction de critères définis dans les programmes de diagnostic officiels. Ensuite, la séparation moderne en trouble unipolaire et bipolaire a été introduite dans les années 1960. En revanche, Sigmund Freud, le père de la psychanalyse, a publié bien avant ses propres réflexions sur la dépression dans son essai Mourning and Melancholia en 1917.


Les symptômes de la dépression peuvent varier d’individu à individu mais aussi entre d’adultes et adolescents. En plus, ces symptômes peuvent fluctuer au cours de la journée. Autrement dit, une personne atteinte de dépression n’a pas ces symptômes à tout moment. Voici les principales caractéristiques manifestant chez les adultes que j’ai partagées en quatre aspects: l’humeur, les pensées, le physique et les interactions sociales.

Tout d’abord en ce qui concerne l’humeur, la personne souffrant de dépression aura une tristesse anormale (durant plus de deux semaines) qui interfèrera son fonctionnement dans les activités du quotidien. On perd également l’intérêt et le plaisir dans les activités (même si celles-ci nous plaisaient avant).


Au niveau des pensées, la culpabilité, le désespoir, le pessimisme et l’autocritique sévère sont constamment présents dans la tête de quelqu’un souffrant de la dépression. Notre esprit les évoque normalement par des phrases du genre « Je suis inutile. Je suis un échec. ». On remarque une chute de concentration et de la vitesse de raisonnement.


Le physique est impacté par une chute d’énergie, fatigue et une sensibilité plus grande aux douleurs (ex : obtenant des hématomes facilement). Des troubles de sommeil (variant de dormir en trop ou alors d’avoir des insomnies) et d’appétit sont aussi présents. Aux interactions sociales, la personne tend à être insatisfaite dans ses relations et ressent une solitude inexplicable (même si celle-ci soit entouré par sa famille et amis). Malgré cela, elle n’a plus les forces ou l’envie d’interagir, l’amenant ainsi à refuser des invitations, prendre du recul avec les amis, s’isoler encore plus chez soi, etc.



Les conséquences sont perte de poids, exclusion social, perte des amis, relations familiales altérées, baisse de productivité au travail et développement d’autres maladies. Lorsque la dépression est dans son cas le plus grave, la personne perd le plaisir total de vivre, ce qui l’amène au suicide.


Une fois ayant cette idée globale, il faut revenir quelques pas en arrière et se poser les causes qui déclencheraient la dépression. Un ensemble de facteurs comme la génétique, un élément déclencheur (traumatisme, perte, abus physique ou sexuel…), de l’environnement dans lequel vit la personne (ex : stress, alcool..) ainsi que son système nerveux (ex : taux de glucocorticoïdes).


Mais une fois vivant en société, il est peu probable d’échapper aux fausses idées reçues, en voici quelques-unes :


« Ce sont que les jeunes qui ont de la dépression. »

Faux. La dépression peut attaquer à n’importe quel âge. On retrouve alors des enfants, adolescents, adultes et personnes âgées diagnostiqués.


« Il suffit de prendre un antidépressif. »

Faux. La dépression est une maladie nécessitant d’un traitement médical (avec des médicaments prescrits par un psychiatre) et psychologique constant.


“Cela se voit forcement lorsque quelqu’un souffre de dépression »

Vrai mais à la fois faux. La dépression amène à un fort changement de comportement que peut se faire remarquer par les autres. Néanmoins, la maladie est souvent associée à une tristesse perceptible alors qu’elle peut aussi apparaitre sous forme d’irritabilité et hyperactivité. Cela ouvre l’impossibilité du diagnostic par les gens connaissant très peu sur le sujet. En plus, il arrive qu’une personne atteinte de dépression garde une profonde tristesse en soi tout en donnant le change à la société.


« Sortir de la dépression ce n’est qu’une question de volonté »

Faux. La dépression est une vraie maladie et ne reflet pas une personnalité, son traitement alors va bien au-delà de la volonté.

À la porte de l'éternité (1890), tableau de Vincent van Gogh

Comment aider quelqu’un souffrant de cette maladie ?

L’idéale est toujours de guider la personne vers une aide médicale pour qu’elle puisse commencer un traitement le plus vite possible et éviter que la maladie se développe et prenne des dimensions plus graves. Il est important de se rappeler d’éviter des phrases du genre « ça va vite passer, c’est juste une phase » et qu’il est nécessaire s’informer sur le sujet. Offrir activement de l’aide au quotidien peut aussi faire un grand impact tout comme lorsqu’on ne juge pas la personne qui souffre de ce trouble mental.



Le docteur Paul Gachet, tableau de Van Gogh.



Finalement, cet article fut écrit afin de passer une notion globale et facile à comprendre sur la dépression mais se situe encore loin d’être un article complet. Encore une fois, je tiens à dire que l’importance d’un diagnostic, traitement et accompagnement par un professionnel de la santé reste primordiale.








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