• Frédéric Davanture

Le clin d’œil du CCC - Cum-sentire - nº9

Journal n°9 02/09/2021


Provenant du latin (sentir avec), la notion de consentement désigne un accord, une conformité ou une uniformité d’opinion entre 2 ou plusieurs personnes. Consentir c’est donc donner son accord mais c’est aussi le signe que nous pouvons partager des points de vue différents si nous ne sommes pas d’accord. Cela veut dire que nous pouvons construire ensemble un monde commun avec nos différences. Mais pour que nous respections nos différences encore faut-il qu’il y ait débat autour d’une ou plusieurs questions, encore faut-il que certaines questions soient posées …

Ces questions de société comme le consentement, le harcèlement, le machisme et le racisme semblent relever de l’habitude, de la normalité ou de la fatalité puisqu’elles persistent malgré les prises de parole et comme l’entendement et le bon sens ne semblent pas suffire, les exactions sont punies par la loi.


C’est donc à l’école que l’on remet la responsabilité de sensibiliser, de débattre pour essayer de combattre ces problèmes lorsqu’ils surgissent. En constatant certains comportements incivils, on se rend compte que les élèves pratiquent et font perdurer certaines situations malgré eux, par jeux ou par désir de se valoriser, mais plus inquiétant cependant, parce qu’ils l’ont déjà vu faire ou déjà entendu dire, parce qu’ils reproduisent certaines habitudes sans interroger la notion de « normalité ».

Aujourd’hui, en abordant la question du consentement on aimerait pouvoir résoudre bon nombre des conflits qui agitent notre quotidien. Le proverbe « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse » nous est répété de générations en générations mais ne semble pas remporter l’adhésion face à la force de notre désir personnel. Si cette maxime rate sa cible, peut-être est-ce parce qu’elle est trop générique et qu’il nous faudrait aborder notre rapport à l’autre avec des situations concrètes.


Quelles questions se poser par exemple, lorsque des photographies sont prises à l’insu de personnes ou détournées alors qu’elles étaient publiées sur des comptes personnels de réseaux sociaux ? Quelles questions se poser lorsque ces images non consenties font l’objet d’une diffusion sans consentement ? Quelles questions se poser lorsque l’on se rend compte que ces détournements sont réalisés par des garçons à l’insu des filles ? Quelles questions se poser lorsqu’une partie de l’humanité se voit privé du droit de vivre sa jeunesse et sa féminité sans crainte ? Quelles questions se poser lorsque l’on entend de nouveau ces mêmes histoires d’une génération à l’autre ?


Mais surtout, quelles réponses trouver afin que le non consentement qui porte aujourd’hui sur des images ne se déplacent pas demain vers les corps?



Jusqu’à maintenant, les pères n’entendaient pas leurs filles (sous prétexte qu’elles exagèrent sûrement puisqu’ils n’étaient pas comme ces garçons) les mères donc protégeaient leurs filles (ne rentre pas trop tard, ne sois jamais seule, habille toi autrement…)


Pour conclure, j’aimerais reprendre quelques mots issus d’une interview du 04/03/2019 que, Sarah Cozzolino, Journaliste pour RFI au Brésil, fait à Renata Rodrigues, fondatrice de Mulheres Rodadas, le premier bloco féministe de Rio, à l’occasion de la mise en vigueur de la pénalisation du harcèlement sexuel au Brésil.


« Je pense qu’au Brésil il existe encore une certaine confusion par rapport au corps de la femme, entre ce qui est public et ce qui est privé. Ce n’est pas parce que votre corps est dans l’espace public que votre corps est un bien public. »

« …finalement, le féminisme, c’est une proposition de changement culturel. Donc pour que ce changement fonctionne, il faut inclure une grande partie de la population. Les femmes n’y arriveront pas sans les hommes. »

N’oublions pas que cette normalité est celle que nous avons cautionnée malgré nous en tant qu’adulte car nous en avions déjà hérité, et c’est ce monde que nous léguons que les journalistes du Lièrmo interrogent. Participons à cette interrogation en relayant à la maison ces questionnements, en écoutant nos filles et en échangeant et trouvant des solutions avec nos garçons.


Et si j’étais né fille ?

Monsieur Davanture