Comprendre la crise migratoire à la frontière entre l’Espagne et le Maroc

Journal nº8 - 2/07/2021 ​Plus de 8000 migrants dont plus de 2000 mineurs ont franchi la frontière entre le Maroc et l’Espagne entre le 17 et 18 mai 2021. Un épisode de plus de migrations vers l’Europe mais cet événement attire l'attention des gouvernements espagnols, marocains et européens. Qu’est-ce qui est arrivé ? ​Au début du VIIIᵉ siècle, la Péninsule Ibérique était contrôlée par des peuples musulmans. Jusqu’au XVᵉ siècle, les chrétiens essaient de rétablir leur pouvoir à la péninsule lors de la Reconquista. Pourtant, avec le royaume du Portugal et d’Espagne déjà établis, les chrétiens en profitent pour conquérir les villes de Ceuta et Melilla en Afrique. En 1688, avec la fin de l’union ibérique, toutes ces villes contrôlées par des royaumes chrétiens deviennent territoire espagnol. En 1958, avec la fin du protectorat espagnol au Maroc, le Royaume du Maroc est établi, laissant pourtant Ceuta et Melilla encore du côté espagnol. En 1995, ils obtiennent un niveau d’autonomie de l’Espagne, laissant ainsi ces deux villes comme des territoires espagnols et donc, territoire de l’Union Européenne en Afrique. Finalement il semble avoir une forme de complexe d’œdipe chez certains politiques, notamment chez le président français monsieur Macron. Une manière de tuer le père (qui serait ce système élitiste), pour complaire la mère (qui serait l'opinion publique). Jusqu’en 1975, il existait une colonie espagnole au sud du Maroc nommée Sahara Espagnol. Le territoire obtient l’indépendance mais, sera divisé laissant 2⁄3 occidentaux pour le Maroc et ⅓ pour la Mauritanie. Mais alors, le Front Polisario est créé revendiquant l’indépendance jusqu’à aujourd’hui de la République arabe sahraouie démocratique, en abrégé la RASD. Le président du Front Polisario et de la RASD est Brahim Ghali. Il tombe malade de la Covid fin avril et l’Espagne accepte qu’il soit traité en Europe pour une question humanitaire. Le Maroc, qui considère le RASD leur territoire a jugé l’action espagnole irrespectueuse face à l'autorité marocaine. Ainsi, il relâche le contrôle de ses frontières avec les villes espagnoles en Afrique. Alors, c’est dans ce contexte que la migration massive a eu lieu. 8000 migrants se trouvaient à Ceuta, donc en Espagne, donc dans l'Union Européenne. Cette population migratoire qui représente 10% de la ville de Ceuta est un vrai cauchemar pour le gouvernement espagnol. Le premier ministre Pedro Sanchez déclare: “L'absence de contrôle aux frontières par le Maroc n'est pas seulement un manque de respect pour l'Espagne, mais surtout pour l'union européenne.”Le Maroc confirme le relâchement de ses frontières avec son ministre des Droits humains en déclarant sur Facebook “L’Espagne doit savoir que le prix du discrédit du Maroc est élevé.” Alors, au nom de l’ordre, le premier ministre espagnol ordonne que les migrants soient renvoyés au Maroc. Le lendemain, le 18 mai 2021, 5600 migrants sont retournés au Maroc. Cela attire l'attention des avocats des droits humains qui accusent Pedro Sanchez d’avoir franchi l’article 4 du protocole 4 de la convention européenne des droits de l’homme qui dit “Les expulsions collectives d’étrangers sont interdites.”. Pourtant, la propre convention dit à l’article 5 : "Toute personne a droit à la liberté et à la sûreté. Nul ne peut être privé de sa liberté, sauf dans les cas suivants et selon les voies légales : s’il s’agit de l’arrestation ou de la détention régulière d’une personne pour l’empêcher de pénétrer irrégulièrement dans le territoire, ou contre laquelle une procédure d’expulsion ou d’extradition est en cours.”. L’Union européenne, globalement, appuie l’Espagne. La Présidente de la Commission européenne a affirmé sur Twitter que “L’UE est en solidarité avec Ceuta et l’Espagne”. Malheureusement, une chose est certaine dans cette crise : c'est une crise politique entre nations et non une crise qui cherche à résoudre les problèmes des migrants. Dans son œuvre Eldorado de 2006, Laurent Gaudé affirme : “Je me suis trompé. Aucune frontière n'est facile à franchir. Il faut forcément abandonner quelque chose derrière soi. Nous avons cru pouvoir passer sans ressentir la moindre difficulté, mais il faut s’arracher la peau pour quitter son pays. Et qu’il n’y ait ni fils barbelés ni poste frontière n’y change rien.”. La migration, la pauvreté et la misère, comment résoudre ces grands enjeux? Bernardo Rollemberg, 1ere1

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