Le mensonge du développement durable

Journal n 9 - 2/09/2021 Le déni collectif de la crise écologique est de plus en plus évident. Si cela fait 50 ans que nous sommes prévenus par rapport à notre avenir, aujourd’hui les changements climatiques avancent de manière irréversible. Nous assistons à de plus en plus de catastrophes naturelles, et ce n’est pas une coïncidence. L’augmentation des niveaux de mer, la fonte de l'Arctique, les forêts brûlent, les océans s’acidifient et les récifs coralliens se meurent. Il est un fait aujourd’hui que les actions des agents économiques sont insuffisantes et les politiques environnementales ne convainquent pas. « Il faut continuer d’investir dans l’innovation technique et le déploiement des technologies vertes » : ce discours ne tient pas, et depuis des années, nous échouons à dématérialiser l’économie et à « croître de façon durable ». Serait-ce parce que le développement durable est un mensonge ? Accroissement durable, croissance verte, appelez-le comme vous voulez : une économie qui croît à ce rythme est incompatible avec la sortie de la crise écologique. Nous avons tous déjà vu ce fameux schéma, avec trois cercles qui forment le « développement durable » : ce concept cherche une société qui intègre les contraintes écologiques et sociales à l’économie capitaliste. Pourtant, de nombreuses études scientifiques montrent que l’on ne peut pas à la fois augmenter le PIB et baisser l’empreinte écologique. Aujourd’hui, il faut accepter que le capitalisme est fondé autour de stratégies dépassées et inégales : ce système est incompatible avec le développement social et environnemental, car il exploite les ressources d’une façon insoutenable et ne profite pas à la lutte contre les inégalités. Le capitalisme aujourd’hui dépend d’une croissance constante, ce qui s’oppose aux besoins de la crise écologique. L’idée de développement durable cherche aussi à concilier la croissance que nous avons aujourd’hui avec les inégalités sociales. Cependant, l’économie capitaliste du XXIème siècle repose sur des modèles de colonisation : l’appropriation des ressources et de la main-d’œuvre des pays du Nord envers ceux du Sud, montrent que ce système admet déjà qu’il ne peut fonctionner sans l’exploitation des plus pauvres, au crédit des plus riches. Cela ne signifie pas pour autant que nous devons renoncer à l’idée de prospérité. Nous devons admettre les problèmes qui viennent avec la croissance, il faudra chercher un moyen de restructurer nos économies et nos rapports à la production. Cela pourrait être, le changement de la définition de PIB : en donnant plus d’attention à la durabilité écologique et au bien-être humain de chaque pays. Il faudrait repenser l’objectif commun de la planète et agir au plus vite. L’anthropologue Jason Hickel propose une solution plus réaliste : « Les données empiriques montrent qu’il est possible d’atteindre des niveaux élevés de bien-être humain sans atteindre des niveaux élevés de PIB, avec une pression nettement moindre sur la planète. Comment ? En partageant les revenus de manière plus équitable et en investissant dans les soins de santé universels, l’éducation et d’autres biens publics. Les preuves sont claires : ce qui compte, c’est d’assurer à tous une vie longue, saine et épanouie – c’est à cela que ressemble le progrès. » Noemi de Carvalho, TA

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